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ENRIQUE: COMUNICACION COLOQUIO CEAQ/SORBONNE 2007

Publicado en

TITRE: La configuration de l' Imaginaire du politique moderne

NOM, PRÉNOM: Carretero Pasín, Angel Enrique

ADRESSE: quiquecarretero[at]terra[dot]es / FERNANDO III EL SANTO, 33, 2º A, SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE (LA COROGNE), 15701 - ESPAGNE- TÉL: 981 593951

Comment comprendre que le politique se soit constitué dans la modernité occidentale dans ce que Karl Marx avait catalogué, dans La question juive, comme une forme profane de la religion ? Il faut partir d' une idée bien connue. La modernité s' est autoreprésentée, dans ses différents aspects, dans une relation d' antithèse avec l' ordre du religieux. L' esprit rationaliste qu' elle a adopté comme emblème cherchait à épurer la vie sociale des instances comme la religion qui ne passaient pas l' examen auquel elles devraient être soumises par les critères dictés par une raison triomphante étant chargée de guider la vie des sociétés dans l' horizon prometteur qui s' ouvrait à celles-ci. Dans le domaine spécifique du politique, la modernité promouvra un processus sécularisateur destiné à remettre en question et à éroder la légitimation religieuse du politique provoquée à partir du lien traditionnel étant établi entre l' Église et l' État. La nouvelle conception du politique qui essayait de s' instaurer, encouragée par l' idéologie éclairée, avait comme but d' obtenir une autonomie absolue de l' univers du politique en ce qui concerne l' univers religieux.

Néanmoins, la politique moderne n' en arriverait pas à établir une rupture réelle avec la religion précédente. En réalité, une bonne partie de l' esprit caractéristique de la religion judéo-chrétienne se prolongera et s' adaptera à un nouveau cadre historique. Je dirais même que la centralité de la vision du politique instaurée dans la modernité ne sera rien d' autre qu' une métamorphose des éléments essentiels de la religion judéo-chrétienne avec un nouveau visage. Ceci nous permet de comprendre, d' autre part, l' absolutisation du politique provoquée dans la modernité, la transformation de celui-ci en nouvelle forme de sacralité. Le politique devient alors l' Imaginaire central de la société moderne, il se transforme en source du sens nucléaire étant irradié sur l' ensemble de la vie sociale. À l' époque moderne, «la politique -affirme Jean Pierre Sironneau- devient religieuse et s' absolutise : la politique et l' État ne se fondent pas maintenant sur la religion, la politique devient la religion de l' État» (Sironneau, 1982: 199).

L' archéologie du sens de l' histoire moderne proposée par Karl Löwith (1973) nous aide à dévoiler le rapport fondamental qui existe entre le religieux et le politique et qui a été favorisé dans l' époque moderne. La philosophie de l' histoire encouragée par le judéo-christianisme avait différé la réalisation des espoirs de justice et de bonheur, en somme la réconciliation finale de l' homme avec lui-même, à un temps situé à la fin de l' histoire, reléguant ainsi sa réalisation au-delà du temps présent. Cela dit, en ayant soupçonné la crédibilité de l' existence d' un monde surmondain, transcendant, le processus sécularisateur provoque comme résultat le transfert des vieux espoirs surmondains dans le seul monde qui ne peut pas être problématisé aujourd'hui, l' historique, en les véhiculant par l' intermédiaire des coordonnées du politique. La philosophie de l' histoire judéo-chrétienne avait introduit, en contraste avec la représentation du monde gréco-latine, la perspective d' un salut à la fin des temps. Il ne sera possible de concevoir le sens de l' histoire dans la modernité en tant que projet à réaliser, comme finalité théologique à accomplir, que depuis elle. Le sens de l' histoire, tel comme il est conçu à la suite de la modernité, n' est donc rien de plus qu' une métamorphose de la scatologie judéo-chrétienne. La perspective du salut persistera, mais en se dirigeant maintenant vers la réalisation d' un but historique futur, comme un projet orienté vers la concrétisation finale du royaume de Dieu dans l' histoire. L' histoire aura un sens - un sens immunisateur par rapport au non-sens menaçant suscité par les fatalités et les tragédies quotidiennes -, en dernier ressort, parce qu' elle est gouvernée par un telos. Il s' agit d' une transposition de l' eschaton autrefois d' ordre transcendant à l' ordre auquel appartient maintenant l' immanence historique. Dans cette ligne, Reinhart Koselleck affirme : «Par sécularisée, dans le sens de la prise en charge d' un héritage chrétien, on ne peut comprendre en premier lieu que le but lié aux espoirs progressistes de réaliser à l' avenir un royaume du bonheur et de la liberté par rapport à toute forme de domination. En deuxième lieu, on peut aussi considérer comme sécularisée l' idée selon laquelle l' histoire même devrait avoir un but en général» (Koselleck, 2003: 62). De cette manière, même en survivant à la sécularisation désacralisante, l' imaginaire du salut réussira à survivre dans la modernité mais en se transmutant en libération. De même, la référence finale de la société qui s' adopte en tant que but, celle étant dépourvue d' imperfection, de pression ou de contradiction, s' érige en version sécularisée du royaume de Dieu dans l' histoire. Depuis cette perspective, il est facile, par exemple, de comprendre à quel point l' idée de révolution étant issue de la modernité désire qu' un nouvel ordre social basé sur une harmonie absolue et une transparence se matérialise ou, en d' autres termes, la rédemption finale de l' histoire sous le modèle d' une société parfaite. Alors, c' est cette marque religieuse qui imprègne la révolution qui nous permet, en réalité, d' expliquer son magnétisme dans les masses. Et, comme l' a montré Sironneau (1982) dans le cas du nazisme et du communisme, cette marque religieuse sera aussi présente dans les idéologies politiques en nous permettant d' expliquer aussi bien la forte adhésion que l' effervescence groupale étant encouragée par elles. En dernier ressort, la modernité a provoqué une circonstance sans précédents historiques, à savoir l' identification et la fusion du milieu du politique et du milieu d' un sens patrimonialisé jusqu' alors par la religion. Dans ce sens, comme l' a signalé Giacomo Marramao, «le politique n' opère plus sur un univers de signes, mais sur le sens. Un sens qui coïncide avec la direction de fond de l' histoire et qui permet de transvaloriser l' événement en le transformant en étape d' un processus orienté. Un sens qui comprend donc l' unicité de l' événement et qui le neutralise. Mais aussi un sens qui élabore la fonction de l' intellectuel en tant que producteur de conceptions - projets qui visent le futur» (Marramao, 1989: 86).

Les clefs de cette imbrication historique du politique et du sens s' expliquent, en grande partie, par le rôle essentiel de la spéculation gnostique. Selon Eric Voegelin (2006), la source authentique de laquelle émanerait la constitution de l' imaginaire du politique moderne est, sans aucun doute, la reconversion de la catégorie du salut judéo-chrétien. Pour le gnosticisme, le salut basé exclusivement sur le recours à la foi ne générait qu' une incertitude angoissante ; d' où le fait qu' il ait envisagé que le salut ne pouvait que provenir d' une action intramondaine de l' homme qui contribuerait à réaliser la perfection historique. C' est ainsi que l' activité civilisationnelle intramondaine, en ce qui concerne l' immanentisation de l' eschaton judéo-chrétien, est devenue maintenant le moyen conçu pour obtenir le salut. «La mort de l' esprit est le prix du progrès. Nietzsche a révélé ce mystère de l' apocalypse occidentale quand il a annoncé que Dieu était mort et qu' il avait été assassiné. Les hommes qui sacrifient Dieu à la civilisation commettent constamment cet assassinat gnostique. Plus la véhémence avec laquelle les forces humaines se dévouent à la grande entreprise du salut par l' intermédiaire de l' action immanente est grande, plus les êtres humains qui se lancent dans cette entreprise s' éloignent de la vie de l' esprit. Étant donné que la vie de l' esprit est la source de l' ordre chez l' homme et dans la société, le succès d' une civilisation gnostique est la cause de son déclin» (Voegelin, 2006: 160-161).

De même, le gnosticisme essaiera de remplir le vide provoqué par le déclin de la chrétienté en tant qu' univers symbolique qui avait soutenu traditionnellement le politique en cherchant à s' ériger en nouvelle théologie civile de l' État dans un monde exposé à un processus désacralisateur accentué. Comme résultat, le gnosticisme interprétera l' existence des sociétés dans leur ensemble depuis les coordonnées d' un eschaton sécularisé en tant qu' existence sociale qui devrait toujours être, en définitive, l' objet de salut en s' autoconstituant, de plus, en leiv motive central qui guiderait l' action politique.

D' autre part, ce désir de salut transformé en but historique unidirectionnel naîtrait, en dernier ressort, en tant que résultat d' une incapacité d' affronter la réalité dans toute sa condition tragique. Il surgirait de la faiblesse pour reconnaître «une existence horrible et un désir de fuir de celle-ci» (Voegelin, 2006: 201), ou, comme dit Mircea Eliade, de la tentative d' éviter «la terreur de l' histoire» (2000: 144). De cette manière, ce monde réel, qui n' est jamais accepté comme tel, est remplacé par un monde rêvé, idéal, transfiguré. En contrepartie du monde réel, on construit un mirage de la réalité qui finit par la remplacer en transformant finalement ce qui n' est qu' un rêve en réalité. Lorsqu' il arrive que la réalité ne cadre pas avec ce qu' on attendait, c' est-à-dire quand elle montre son imperfection, alors le gnosticisme ne l' attribuera jamais à un défaut inhérent à la réalité, mais plutôt à un manque de moralité d' une société qui n' adapte pas son comportement à l' idéal rêvé, au devoir-être social qu' on devrait attendre. Le salut devient ainsi, maintenant par l' intermédiaire d' une empreinte morale, la directive nucléaire de l' Imaginaire du politique moderne.

Bibliographie:

Eliade, Mircea (2000), El mito del eterno retorno, Madrid, Alianza.

Koselleck, Reinhart (2003), Aceleración, prognosis y secularización, Valencia, Pre-Textos.

Löwith, Karl (1973), El sentido de la historia, Barcelona, Crítica.

Marramao, Giacomo (1989), Poder i secularización, Barcelona, Península.

Sironneau, Jean-Pierre (1982), Sécularisation et religions politiques, París-Nueva York, Mouton-The Hague.

Voegelin, Eric (2006), La nueva ciencia de la política, Buenos Aires, Katz editores.

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Estimado Enrique: estoy estudiando el tema del imaginario, y quisiera saber donde puedo conseguir todos tus artículos sobre el tema en castellano, sobre todo este último.Espero tu respuesta y gracias!! María Eugenia